ITW du créateur du bébé de Matrix
Nous avons eu le loisir d'interviewer le créateur de la société Make-up Effects Group, Nick Nicolaou (crédité en tant que tel sur IMDB), à l'origine notamment du bébé animatronique vu dans Matrix, lorsque Morphéus explique à Néo que les machines liquéfient les morts pour en nourrir les vivants par intraveineuse. Il raconte son parcours ponctué de visites dans les mondes divers de Marvel ou de celui des films d'horreur. Un homme vraiment intéressant que nous remercions d'avoir pris le temps de nous répondre.
MO : comment en êtes-vous arrivé à créer des props pour le cinéma ?
L'amour que j'avais pour les films quand j'étais enfant m'a toujours poussé à créer des maquillages un peu spéciaux. J'ai été vite englouti par les films de Ray Harryhausen. Je collectionnais les éléments de tous ses films pour les composer en scénettes, en essayant d'amener à la vie ces créatures que je voyais à l'écran ou sur ma TV. Tout cela a évolué en une passion pour l'élaboration de maquettes réalisées à partir de mes dessins et une tentative de savoir comment tout cela fonctionnait. Dans les années 80 il n'y a avait pas beaucoup de vidéos ou de livres qui montraient comment réaliser ces créations. J'ai tiré mon inspiration de films d'horreur et essayé de créer de ce que je pouvais. J'ai appris ainsi à réaliser des moules, à utiliser de la mousse de latex, implanter des cheveux synthétiques, peindre le tout de façon réaliste… Le boom du film d'horreur des années 70 et 80 m'ont vraiment focalisé sur cette industrie où je travaille aujourd'hui. J'ai rencontré Paul mon collègue avec qui nous avons fondé Make-up Effects Group et nous ne nous sommes plus quittés depuis.
MO : Quel fut votre premier réel projet pour le cinéma ?
L'un de nos tout premier projet était L'ile du Dr Moreau (le remake avec Marlon Brando et Val Kilmer). Paul et moi avons été contactés par les gens des Stan Winston Studios, pour œuvrer en tant qu'artiste prothésistes. Le film a été tourné en Australie (payant de résidence de l'intéressé, NDLR) et le film avait un budget très conséquent. C'était une expérience palpitante de travailler avec les gars des studios Winston et de faire partie de la production d'un tel long métrage.
MO : Quel prop vous a pris le plus de temps à réaliser, et combien de temps y avez-vous passé ?
Sans conteste le babé animatronique de Matrix. 70 cables en sortaient, menant à une télécommande et il fallait 9 marionnettistes pour le manipuler et l'animer. Les marionnettistes étaient situés à 6 mètres de l'animatronique et utilisaient des écrans de contrôle pour vérifier leur travail. Il fallait que cela paraisse le plus réaliste possible et nous sommes vraiment fiers du résultat. Tout cela a nécessité près de 12 semaines de travail, alors que dans le même temps nous travaillions sur d'autres films.
MO : Quel fut le prop le plus compliqué à fabriquer ?
Sans conteste le bébé animatronique de Matrix. Il faisait réellement la taille d'un bébé et il y avait tellement d'appareillage à l'intérieur ! C'était une des toutes premières fois que nous utilisions du silicone et pour couronner le tout, le bébé entier était englué dans un gel visqueux, à mesure que le réservoir se remplit. Il y a tellement de pièces à l'intérieur du corps du bébé que l'on dirait du travailler d'horlogerie !
MO : Laquelle de vos réalisations a nécessité le plus de collaborateurs ?
Sans conteste le bébé animatronique de Matrix et l'homme chose. L'homme chose de Marvel fut un très grand défi. Il est l'un des personnages de Marvel les moins connus et le budget pour le film était plutôt ténu par rapport aux autres films Marvel. Nous avons du construire une incroyable combinaison en mousse de latex de 3 près de mètres de haut. Il y avait un acteur à l'intérieur et une fois de plus, nous avions la complication de voir la tenue sans arrêt en milieu aquatique. La créature était sur les genoux pendant presque tout le tournage. Nous avons également créé des corps en silicone et réalisé tous les effets du film.
MO : De quel prop êtes-vous le plus fier ?
Sans conteste le bébé animatronique de Matrix qui fût une de nos plus grosse création. C'était une animatronique compliquée à fabriquer, qui a bien pris dans l'histoire du film et qui a vraiment bien rendu à l'écran. Les gens nous disent toujours qu'ils pensaient voir un vrai bébé avec des retouches faites par ordinateur. Mais nous avons la fierté de dire que tout a été réalisé avec notre animatronique.
MO : Sur quel projet actuel auriez-vous aimé travaillé ?
J'aime par-dessus tout travailler sur mon propre film (rires).
MO : Quelle part de liberté artistique vous est allouée lorsque vous travaillez sur un film ?
Cela varie d'un film à l'autre. Les gens viennent vers vous parce qu'ils ont constaté la qualité de votre travail et votre capacité artistique. Personne ne déboule jamais avec une idée préconçue complètement verrouillée, sans espace de créativité, surtout si l'idée n'en est toujours qu'à une ébauche sur papier. Votre liberté artistique est ce qui donne à votre travail tout son intérêt. Encore une fois, cet idéal peut varier énormément. Parfois il faut extirper l'idée de l'esprit de son concepteur pour le monter en trois dimensions. C'est là que votre travail d'artiste intervient.
MO : Pouvez-vous nous en dire davantage sur vos projets en cours ?
Nous travaillons actuellement sur notre propre film. Cela nous a pris plusieurs années pour mener à bien ce projet mais sa réalisation est très proche. C'est un film de qui nous l'espérons sera vraiment cool. Nous avons fabriqué des centaines d'effets pour ce film, des maquillages réalistes et gores, des modèles, des maquettes et des animatroniques. Ça va tout péter ! Nous pensons que vous en entendrez parler très bientôt.
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